Prêt à porter le Périgord

14 / 08 / 2012

La marque identitaire Vinta-Quatre vient d’ouvrir son second magasin à Bergerac, trois ans après celui de Périgueux.

Fabrice Cellier, dans le magasin de Périgueux, au bras de

Au pays de Cro-Magnon, le vêtement n’est plus superflu. Et dans un Périgord qui aime plastronner, la marque Vinta-quatre a réussi à installer sa griffe identitaire : trois ans après sa création, la société vient d’ouvrir à Bergerac sa deuxième boutique (1), et celle de Périgueux est déjà le passage obligé du souvenir touristique (20 % des clients), du cadeau clin d’œil branché (une vente sur deux) et, globalement, du prêt-à-porter exclusif au terroir. Qui permet de revendiquer son appartenance au club des départements qui ont leur logo sur le polo. Chiffre d’affaires : près de 200 000 euros. Et la collection originelle de tee-shirts s’est multipliée de blousons en chemises, débardeurs, survêtements, et gadgets (mugs, porte-clés, bérets, sacs, etc.).

Un condensé du Périgord et sa trinité : rugby, préhistoire, Occitanie. Dont la croix, stylisée et numérotée « 24 », est d’ailleurs devenue l’emblème de Vinta-quatre. « J’avais peur de revendiquer quelque chose qui n’était pas dans ma culture », raconte le patron fondateur Fabrice Cellier, 37 ans, ex-prof d’Anglais, qui n’a pas achevé son doctorat sur les mouvements religieux aux États-Unis, et s’est mis au vert en Dordogne, où ses parents ont migré il y a quinze ans. Depuis, plus un pot de départ (ou d’arrivée) sans son tee-shirt « 24 », qui sert aussi de cadeau pour les expatriés ou de provocation contre les copains basques, qui ont leur marque « 64 ». Les Périgourdins qui fêtent leurs 24 ans y ont droit aussi, et le « Cro-mimi » a du succès chez les enfants. Mais il reste encore une marge de conquête : d’après une étude maison, à Bergerac, seulement 20 % des chalands connaissaient la marque.

Une quarantaine de marquesFabrice Cellier réfléchit à griffer des baskets ou du linge de table, voire de la maroquinerie. En attendant, ses modèles collent à la tendance (couleurs flashys, logos rigolos) et fidélise les locaux grâce à l’arrivage continu. Et la bonne qualité permet d’éviter l’aspect gadget et de garder une bonne cote dans la famille des marques locales (une quarantaine), créées sur le modèle de « 64 », pionnier qui a lancé la mode.

Depuis, on s’habille en TLSE à Toulouse, Trente-trois en Gironde, Cantal 15, 4-20-5 (pour 85, la Vendée) et À l’aise, Breizh en Bretagne. Pour Vinta-quatre, il s’agissait de jouer la carte Sud-Ouest, mais sans le décorum tendance qui va avec : ni océan, ni fiesta, ni surf. Du coup, la marque fait dans l’humour et ose la gamme terroir, en assumant le tracteur, l’épi de maïs ou le séchoir à tabac, passés à la moulinette d’un graphisme malin.

Dans un département rural, réunir la jeunesse autour de son patrimoine agricole, ce n’est pas rien. La marque a aussi son Cro-Magnon, une silhouette hirsute avec massue.

Réinventer les symboles« On réinvente les symboles de la Dordogne », dit Fabrice, qui avait été frappé par « la pauvreté du tee-shirt touristique », à son arrivée. Et surpris par l’absence de Cro-Magnon, à part le vieux slogan de « Pays de l’Homme », plus ou moins éteint. Quant à l’imagerie gourmande de la Dordogne où il fait bon manger, la jeunesse en a soupé. « Vinta-quatre » rénove tout ça. Fabrice Cellier n’est pas le premier à avoir eu l’idée sur un coin de table, mais lui a été au bout. « J’étais au chômage, j’avais cet avantage », ironise-t-il. Au départ, Fabrice avait lancé un site de covoiturage, et pour le faire démarrer, proposait des autocollants « 24 » à coller à l’arrière-train des voitures. En pleine polémique sur la suppression des numéros départementaux sur les plaques minéralogiques, le truc a fait mouche : il recevait plus de demandes pour le sticker que le partage automobile. Fabrice Cellier a compris qu’il tenait une idée, capable de rivaliser avec Otago (la marque briviste spécialisée dans le rugby), voire la griffe « 64 » (qui a une boutique à Périgueux). Laquelle a su passer de gadget vernaculaire à vraie marque de prêt-à-porter, à vendre partout. Et ce serait un comble que Cro-Magnon ne s’exporte pas loin de chez lui.

(1) À Périgueux, rue Saint-Front (du mardi au samedi de 9 h 30 à 18 h 30) et à Bergerac, rue des Fontaines (du mardi au samedi de 10 h 30 à 19 heures). Disponible aussi à Sarlat (Carrefour, office de tourisme) et sur le site internet www.vinta-quatre.com.

Publié le 14/08/2012 par Adrien Vergnolle – Sud Ouest

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